Guide réglementaire

Caméra extérieure pro : ce qu'on peut filmer

Rue, trottoir, parking, façade du voisin : ce qu'une caméra extérieure de local professionnel a le droit de filmer dans l'Aisne, et à partir de quelle orientation le régime d'autorisation bascule.

Sources vérifiées le .

Des caméras viennent d'être posées sur votre façade, au-dessus du quai de livraison ou face au parking. La question qui compte n'est pas de savoir si vous êtes chez vous. Elle est de savoir ce que l'objectif attrape au bord de son champ. Les services de l'État dans l'Aisne indiquent qu'aucune autorisation n'est nécessaire pour une installation dans un lieu privé ou des locaux professionnels qui n'accueillent pas de public, mais que la mise en place de caméras doit dans tous les cas respecter la vie privée et ne pas visionner la voie publique. Tout part de là : un même boîtier, au même endroit du mur, ne relève pas du même régime selon l'angle qu'on lui donne. Cet article sert à relire un plan de champs de vision avant la pose, pas après une plainte.

« C'est chez moi » ne dit rien du régime : c'est l'orientation de l'objectif qui décide

L'erreur est presque toujours la même, et elle est logique. Le mur vous appartient, le support vous appartient, le boîtier vous appartient, donc vous filmez ce que vous voulez. Ce raisonnement s'arrête au support. Ce qui déclenche ou non une formalité, c'est la zone couverte par le champ de vision, pas la propriété du point d'accroche.

Concrètement, la même caméra fixée sur le linteau de votre porte d'entrée peut relever de situations très différentes : cadrée sur votre seuil et votre vitrine, cadrée quelques degrés plus haut sur le trottoir et la chaussée, ou cadrée de biais sur la cour d'à côté. Vous n'avez rien changé d'autre que l'inclinaison. Vous avez pourtant changé de terrain juridique.

Faut-il une autorisation quand la caméra ne filme que vos locaux ?

Non. Les services de l'État dans l'Aisne indiquent qu'aucune autorisation n'est nécessaire pour une installation dans un lieu privé ou des locaux professionnels qui n'accueillent pas de public, mais que la mise en place de caméras doit dans tous les cas respecter la vie privée et ne pas visionner la voie publique.

Cette absence de formalité n'est donc pas une liberté sans bord. Deux limites l'encadrent, dans la même phrase : respecter la vie privée, ne pas visionner la voie publique. Un entrepôt, un atelier fermé, une réserve, un local technique, des bureaux sans accueil du public : vous êtes dans le cas sans démarche préalable, à condition que rien dans le cadrage ne déborde sur ces deux limites.

C'est précisément pour ça qu'un plan de champs de vision se discute avec l'installateur, et pas seulement un nombre de caméras et une résolution.

Qui a le droit de filmer la rue ?

Pas vous. La CNIL énonce que seules les autorités publiques, les mairies par exemple, peuvent filmer la voie publique, notamment pour la constatation des infractions aux règles de la circulation, la prévention des atteintes à la sécurité des personnes et des biens dans des lieux particulièrement exposés à des risques d'agression, de vol ou de trafic de stupéfiants, ou la prévention d'actes de terrorisme.

Ce point se comprend mal, parce qu'il ne se règle pas par une demande d'autorisation. Ce n'est pas une formalité plus lourde qu'un commerçant pourrait accomplir avec un dossier plus épais : c'est un pouvoir attribué aux autorités publiques. Un commerçant, une PME ou un gestionnaire de site privé qui oriente une caméra sur la chaussée ou le trottoir ne se trouve pas devant une démarche à faire. Il se trouve devant une orientation à corriger.

La conséquence pratique est simple à tenir : sur un plan de pose, toute caméra dont le champ inclut la voie de circulation ou le trottoir se rediscute avant la fixation, pas après.

La façade et ses abords immédiats : l'ouverture prévue, et la condition qui la borne

Il existe pourtant une ouverture, et c'est elle qui explique la confusion ambiante. Selon la CNIL, les entreprises et les établissements publics peuvent filmer les abords immédiats de leurs bâtiments et installations, c'est-à-dire la façade extérieure mais pas la rue en tant que telle, dans les lieux susceptibles d'être exposés à des actes de terrorisme.

Cette phrase repose sur deux bornes, à lire ensemble. La première porte sur la zone : la façade extérieure, pas la rue en tant que telle. La seconde porte sur le contexte : des lieux susceptibles d'être exposés à des actes de terrorisme. Autrement dit, ce n'est pas un droit général de cadrer large accordé à toute entreprise parce qu'elle est une entreprise.

Un devis peut présenter une caméra « façade » comme si l'appellation réglait la question. Elle ne la règle pas. Ce qui la règle, c'est l'image que renvoie réellement l'objectif une fois en place.

Voie publique et lieux ouverts au public : l'autorisation préfectorale, sa durée, où la déposer

Quand on sort du lieu privé sans public, la démarche existe et elle est encadrée. Dans l'Aisne, l'autorisation préalable d'installation de caméras sur la voie publique ou dans des lieux ou bâtiments ouverts au public est donnée pour une durée de 5 ans renouvelable, après avis de la commission départementale de vidéoprotection, le dossier étant déposé en ligne, par courriel à pref-police-administrative@aisne.gouv.fr ou par courrier à la Préfecture de l'Aisne, Cabinet - Service sécurités, 2 rue Paul Doumer, BP20104, 02000 Laon.

Retenez la mécanique plutôt que l'adresse : une autorisation préalable, un avis de commission départementale, une durée bornée et renouvelable. « Préalable » veut dire avant, ce qui suppose d'avoir arrêté l'implantation sur le papier. À lire ensuite : autorisation préfectorale de vidéoprotection dans l'Aisne.

Le dossier de demande : pourquoi le plan des champs de vision se prépare avant la pose

Le contenu du dossier explique à lui seul pourquoi le cadrage revient ici à chaque section. Le dossier de demande déposé dans l'Aisne pour un système filmant la voie publique comprend le formulaire CERFA 13806*04 complété, un modèle d'affiche d'information au public, un plan de masse des lieux et un plan de détail indiquant le nombre et l'emplacement des caméras et leurs champs de vision.

Lisez la dernière pièce lentement : un plan de détail qui indique le nombre, l'emplacement et les champs de vision. Ce document n'est pas un compte rendu de chantier. Il décrit une installation projetée, dans une demande qui se dépose avant.

La conséquence sur votre devis est directe. Si votre installateur ne prévoit pas de plan de champs de vision, il ne vous manque pas un document de confort : il vous manque une pièce que la demande réclame. Et si la pose a déjà eu lieu, le plan reste à produire, cette fois à partir de l'installation existante : la démarche ne s'efface pas parce que les caméras sont déjà fixées.

Le masquage irréversible : les zones qu'il doit couvrir

La page « La videoprotection de voie publique » des services de l'État dans l'Aisne, mise à jour le 30/12/2024, impose que les systèmes filmant la voie publique ne visualisent pas l'intérieur des immeubles d'habitation ni, de façon spécifique, l'entrée de ces immeubles, et que des procédés de masquage irréversibles de ces zones soient mis en place.

Deux expressions portent tout le poids technique. « Irréversibles » d'abord : il ne s'agit pas d'un cache que l'on retire d'un clic depuis le logiciel de supervision, ni d'une zone noire posée à l'affichage seulement. « De façon spécifique » ensuite, appliqué à l'entrée des immeubles d'habitation, qui est nommée séparément de leur intérieur. Une porte d'immeuble prise en bord de champ n'est donc pas un détail négligeable.

Sur le terrain, c'est la question à poser avant la signature : le système proposé sait-il produire un masquage irréversible, et sur quelles zones exactement l'installateur compte-t-il l'appliquer.

Les panneaux d'information : en quel nombre et à quels endroits

L'information des personnes filmées se joue sur l'affichage, et son emplacement n'est pas libre. La CNIL demande que les panneaux d'information soient installés en nombre suffisant là où ils ont le plus de chances d'être vus par les personnes filmées, en évidence aux entrées des lieux accessibles au public, dans le champ visuel de toute personne entrant dans le lieu, et en leur sein.

« En nombre suffisant » est un critère de résultat, pas un quota : ce qui est visé, c'est que la personne filmée voie effectivement le panneau. Un adhésif minuscule collé en bas d'une porte vitrée peut remplir le nombre sans remplir la condition. Notez aussi la double position demandée : aux entrées des lieux accessibles au public, et au sein de ces lieux.

Si vos caméras cadrent aussi des postes de travail, la question se pose à part, distincte de l'orientation des objectifs : vidéosurveillance des salariés dans l'Aisne.

Relire le devis : ce que la certification de l'installateur couvre

Sur un devis de vidéoprotection, plusieurs références peuvent figurer côte à côte sans recouvrir le même périmètre. CNPP indique que la certification APSAD de service apporte la fiabilité à l'installation des systèmes de vidéosurveillance selon le référentiel APSAD R82, incluant la dimension cybersécurité selon le référentiel APSAD D32, la certification NF Service étant délivrée conjointement avec la certification APSAD sous la référence NF367-I80.

Ce que cela recouvre : un référentiel sur l'installation, une dimension cybersécurité identifiée à part, et une référence NF Service délivrée conjointement avec la certification APSAD. Ce que cela ne recouvre pas : une réponse toute faite sur l'orientation de vos caméras. Le cadrage reste une décision prise site par site, sur votre plan, avec vos contraintes de façade et de voisinage.

Checklist de conformité : ce qu'on vérifie sur le plan avant la pose

À passer en revue point par point, plan sous les yeux, avant que le premier percement soit fait.

  • Le plan de champs de vision existe et il est joint. C'est une pièce attendue au dossier, au même titre que le plan de masse.
  • Chaque caméra est classée par zone couverte. Lieu privé et locaux sans public d'un côté, voie publique et lieux ouverts au public de l'autre.
  • Aucun champ n'inclut la chaussée ni le trottoir. Filmer la voie publique relève des autorités publiques.
  • Les caméras de façade restent sur la façade. L'ouverture porte sur les abords immédiats et la façade extérieure, pas sur la rue en tant que telle.
  • Le contexte invoqué pour les abords immédiats est vérifié. Cette possibilité vise les lieux susceptibles d'être exposés à des actes de terrorisme.
  • Les intérieurs et les entrées d'immeubles d'habitation sont repérés sur le plan. Ces zones appellent un masquage irréversible sur un système filmant la voie publique.
  • Le masquage proposé est irréversible, et l'installateur le démontre.
  • L'affiche d'information figure au dossier, et son emplacement est décidé. Aux entrées des lieux accessibles au public, dans le champ visuel des entrants, et au sein des lieux.
  • La demande est déposée avant l'installation. L'autorisation est préalable, et elle est donnée après avis de la commission départementale de vidéoprotection.
  • Les références de certification du devis sont lues pour ce qu'elles couvrent. Installation selon le référentiel APSAD R82, cybersécurité selon le référentiel APSAD D32.

Ce que cet article ne tranche pas

Trois questions restent ouvertes à ce stade, et aucune ne se règle avec un plan de cadrage.

La première : la cour, le jardin ou la façade du voisin. La limite générale à tenir est le respect de la vie privée, rappelé dans la même phrase que l'absence de formalité en lieu privé. Un litige de voisinage précis, lui, se traite mieux avant la pose qu'après : une fois le boîtier fixé, la discussion part d'une image déjà captée.

La deuxième : ce que le panneau doit dire. Son emplacement et son nombre sont cadrés. Le contenu, lui, se prépare à partir du modèle d'affiche d'information au public attendu au dossier de demande.

La troisième : combien de temps garder les images. Cette durée ne se déduit pas de l'orientation des caméras, c'est une question distincte : conservation des images de vidéosurveillance en entreprise dans l'Aisne.

Sur les trois, la bonne chronologie est la même que pour le reste : on les pose avant la fixation des caméras, quand corriger un angle coûte encore un tournevis. Relire un plan de champs de vision avec son installateur appartient à cette étape : vidéoprotection, contact.

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